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Qui devrait enseigner la culture à l’intelligence artificielle ?

il y a 11 heures
4 min de lecture

L’intelligence artificielle peut identifier un objet, traduire une légende, reconstituer un site endommagé ou aider un chercheur à explorer des milliers de documents. Mais savoir ce que contient une image ne signifie pas nécessairement comprendre ce qu’elle représente.


Cette distinction place les musées, les bibliothèques, les archives et les communautés d’origine au cœur d’un débat majeur sur les politiques culturelles : si les collections patrimoniales contribuent à entraîner ou à alimenter les systèmes d’intelligence artificielle, qui doit décider de la manière dont elles sont décrites, des conditions d’utilisation qui leur sont appliquées et de la façon dont elles sont interprétées ?


Illustration éditoriale générée par intelligence artificielle pour FQM. Elle ne représente aucun événement réel, aucune exposition ni aucune personne identifiable.
Illustration éditoriale générée par intelligence artificielle pour FQM. Elle ne représente aucun événement réel, aucune exposition ni aucune personne identifiable.

La première enquête mondiale menée conjointement par l’UNESCO et l’ICOM sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les musées, présentée le 17 septembre 2026, a recueilli les réponses de plus de 400 musées répartis dans 90 pays. Selon cette enquête, 57 % des répondants ont déclaré utiliser déjà l’intelligence artificielle, tandis que 55 % ne disposaient d’aucune politique interne, stratégie ou ligne directrice encadrant son utilisation. Seuls 17 % proposaient des formations à l’intelligence artificielle à leur personnel.


Ce déséquilibre est lourd de conséquences. Les musées expérimentent l’intelligence artificielle dans de nombreux domaines, notamment l’administration, la communication, la recherche, la documentation, la conception d’expositions et l’amélioration de l’expérience des visiteurs. Pourtant, de nombreuses institutions adoptent ces technologies avant même d’avoir défini les conditions nécessaires à une utilisation responsable.


Illustration éditoriale générée par intelligence artificielle pour FQM. Elle ne représente aucun événement réel, aucune exposition ni aucune personne identifiable.
Illustration éditoriale générée par intelligence artificielle pour FQM. Elle ne représente aucun événement réel, aucune exposition ni aucune personne identifiable.

L’exactitude des informations constitue une première source de préoccupation. Un modèle d’intelligence artificielle peut attribuer une œuvre à un artiste, une époque ou une communauté de manière erronée. Il peut également reprendre une terminologie dépassée figurant dans d’anciens catalogues ou reproduire les lacunes héritées de plusieurs siècles de pratiques de collection inégalitaires. Si les femmes, les communautés minoritaires ou les traditions non occidentales ont été insuffisamment documentées dans les archives historiques, un système d’intelligence artificielle entraîné sur ces données risque de présenter ces absences comme une réalité objective.


La provenance des œuvres soulève un problème encore plus profond. Un objet numérisé ne se résume pas à une simple image. Il possède un créateur, un historique de propriété, une composition matérielle, une fonction d’origine et un lien avec un lieu ou une communauté particulière. Supprimer ces informations peut faciliter le traitement informatique du fichier, mais rend le patrimoine culturel qu’il représente plus difficile à comprendre.


Les questions de droit d’auteur et de licences d’utilisation restent également en suspens. En Europe, les fournisseurs de modèles d’intelligence artificielle à usage général doivent mettre en place des politiques visant à respecter la législation sur le droit d’auteur et à reconnaître les réserves de droits valablement exprimées dans le cadre de la fouille de textes et de données (text and data mining). D’autres règles européennes en matière de transparence, applicables depuis le 2 août 2026, concernent le marquage et la divulgation des contenus générés ou manipulés artificiellement.


Ces dispositions établissent un cadre juridique, mais le droit ne peut, à lui seul, remplacer le discernement culturel. Une institution peut détenir les droits d’auteur sur une image sans pour autant disposer de la légitimité morale nécessaire pour la dissocier de la communauté ou de la cérémonie qui lui donne son sens. Les savoirs autochtones, les objets sacrés et les traditions vivantes exigent une concertation qui ne saurait se réduire à une simple case à cocher dans un accord de licence.


C’est dans cette perspective que le European Heritage Hub (Pôle européen du patrimoine) défend l’idée que les organismes patrimoniaux doivent être considérés comme des « acteurs de confiance du savoir culturel », et non comme de simples fournisseurs de données destinées à entraîner les systèmes d’intelligence artificielle. Sa campagne de 2026 appelle les institutions culturelles à participer activement à la conception d’un écosystème européen d’intelligence artificielle au service de l’intérêt général et à contribuer à l’élaboration de la future stratégie de la Commission européenne pour les secteurs culturels et créatifs.


Illustration éditoriale générée par intelligence artificielle pour FQM. Elle ne représente aucun événement réel, aucune exposition ni aucune personne identifiable.
Illustration éditoriale générée par intelligence artificielle pour FQM. Elle ne représente aucun événement réel, aucune exposition ni aucune personne identifiable.

Une politique muséale responsable devrait donc répondre à plusieurs questions fondamentales avant toute utilisation d’une collection par l’intelligence artificielle : qui a créé les documents ou les œuvres d’origine ? Qui en détient les droits ? Le consentement des communautés concernées est-il nécessaire ? Les informations relatives à la provenance seront-elles préservées ? L’institution pourra-t-elle contrôler et vérifier les résultats produits ? Les reconstitutions générées artificiellement devront-elles être clairement identifiées ? Quelles mesures seront prises lorsque le système commettra une erreur ?


Ce débat ne constitue pas une opposition à la technologie. L’intelligence artificielle peut rendre consultables des archives manuscrites, améliorer l’accessibilité, faciliter la traduction et contribuer à identifier des liens entre des collections qu’aucun chercheur ne pourrait examiner individuellement à une échelle comparable. Le danger réside dans la tentation de considérer l’efficacité technologique comme un substitut à la connaissance.


Les institutions culturelles ne devraient donc pas simplement se demander ce que l’intelligence artificielle peut faire avec leurs collections. Elles devraient avant tout définir les conditions que cette technologie doit respecter avant d’être autorisée à les utiliser.



Sources :


  • Conseil international des musées (ICOM), « UNESCO and ICOM Global Survey Finds Museums Embracing AI, but Governance and Capacity Lag Behind », 17 septembre 2026. Cette publication présente la population étudiée ainsi que les données relatives à l’adoption de l’intelligence artificielle, aux politiques institutionnelles et à la formation du personnel.

  • UNESCO, « Reimagining Museums in the Age of AI », 5 octobre 2026. Cette publication aborde les questions d’authenticité, de provenance, de propriété intellectuelle, de représentation culturelle et de supervision humaine.

  • European Heritage Hub, « How Cultural Heritage Can Make Public AI a Reality », 3 octobre 2026.

  • Commission européenne, présentation des obligations relatives au droit d’auteur prévues par le règlement européen sur l’intelligence artificielle (AI Act), notamment les mécanismes de réserve des droits concernant la fouille de textes et de données pour les fournisseurs de modèles d’intelligence artificielle à usage général.

  • Commission européenne, « Code of Practice on Transparency of AI-Generated Content », mis à jour le 19 octobre 2026.

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