Un Noël en Musique : Jonathan Karrant, la Nostalgie et l’Art de Faire Vibrer les Souvenirs
- Isabelle Karamooz

- il y a 4 jours
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Alors que décembre s’installe doucement et que l’année semble retenir son souffle avant de s’achever, Jonathan Courant traverse la période des fêtes avec un mélange de joie, de réflexion et de douce introspection. Pour ce chanteur acclamé, dont la carrière l’a mené des grandes scènes lyriques aux clubs de jazz intimistes, en passant par les salles de concert les plus prestigieuses des États-Unis, Noël n’est pas seulement une saison de spectacles. C’est un retour aux origines.
« Noël a cette capacité unique de nous ramener à nos débuts », confie-t-il. Il a grandi à Fort Smith, dans l’Arkansas, au sein d’une maison animée par la musique, la danse et les éclats de rire. Les fêtes y étaient une expérience totale, à la fois sensorielle, collective et profondément émotive. « Toute la nourriture que préparaient mes grands-parents, toutes ces odeurs dans la maison, la famille qui arrivait de l’extérieur… la maison était toujours pleine. C’était magique. »
Cette sensation d’abondance — de personnes, de souvenirs, de musique — l’accompagne encore aujourd’hui lorsqu’il monte sur scène. Les chansons de Noël, explique-t-il, portent une charge émotionnelle particulière. « Elles sont profondément nostalgiques. La musique peut vous ramener instantanément à l’enfance, à la magie, à l’émerveillement, aux offices à la bougie à l’église, à ces chants partagés. »
Mais chez Jonathan Courant, la nostalgie n’est jamais dénuée de nuances. À la chaleur se mêle une certaine mélancolie. « J’aime les fêtes et je les attends avec impatience, mais je ressens aussi une forme de tristesse. Noël nous fait penser aux êtres chers qui ne sont plus là, mais qui restent présents en nous. Il nous ramène à un temps et à un lieu qui ne pourront jamais tout à fait revenir. »
Cette dualité émotionnelle — la joie entremêlée de nostalgie — trouve son expression la plus juste dans Christmas Memories, son titre préféré de l’album Christmas Wish. Écrite par les légendaires paroliers Marilyn et Alan Bergman, sur une musique de Don Costa, la chanson incarne parfaitement ce que Noël représente pour lui : la gratitude envers le passé, la tendresse pour ce qui demeure et l’acceptation de ce qui a changé.

S’il est récemment retourné en Arkansas pour Thanksgiving, il reconnaît que le temps a transformé le paysage familial. « La famille est désormais dispersée, et plusieurs proches sont décédés. C’est toujours joyeux, mais c’est différent. » Noël, selon lui, est à la fois un moment rétrospectif et une ouverture vers l’avenir : une pause pour honorer le passé tout en avançant vers une nouvelle année.
Dans la culture américaine, Thanksgiving est souvent considéré comme la fête familiale par excellence, mais pour Jonathan Courant, Noël occupe une place à part. « Mes fêtes préférées sont Noël et le Nouvel An. Elles concentrent à la fois l’émotion, la réflexion et l’espoir. »
C’est précisément cette intelligence émotionnelle qui lui vaut d’être salué pour sa capacité à rendre les standards intemporels profondément personnels. Lorsqu’il aborde un classique de Noël — des chansons chargées de souvenirs collectifs — son objectif n’est pas de les réinventer à tout prix, mais d’en révéler la vérité. « Tout commence par l’arrangement, explique-t-il. Il doit être adapté à ma personnalité, légèrement transformé pour devenir mien, sans jamais perdre son essence originale. »
Sur Christmas Wish, cette philosophie prend pleinement forme. I’ve Got My Love to Keep Me Warm, traditionnellement interprété en swing, devient sous sa direction une samba aux accents latins. « Je pensais à la notion de chaleur, dit-il. Les rythmes de samba évoquent le soleil, la plage, quelque chose de plus chaleureux. Je voulais associer cette sensation au texte. » De même, Last Christmas de George Michael est ralenti et revisité en bossa nova, transformant la mélancolie en une émotion intime, tendre et feutrée.

L’album dans son ensemble ressemble moins à une compilation de Noël classique qu’à une conversation — sincère, intime et sans artifice. En son cœur se trouve Grown-Up Christmas List, écrite par David Foster et enregistrée en duo avec la grande figure du jazz, lauréate d’un Grammy Award, Diane Schur. « Cette chanson a véritablement donné sa cohérence à tout l’album, explique Courant. Elle ne parle plus de jouets ou de cadeaux, mais de paix sur Terre. »
Un message qui, selon lui, dépasse largement le cadre des fêtes. « Nous pouvons rester jeunes de cœur, mais en tant qu’adultes, ce que nous demandons réellement, c’est la paix, l’amour et la compréhension — pas seulement à Noël, mais tout au long de l’année. »
Si la carrière de Jonathan Courant l’a conduit de la majesté du Metropolitan Opera aux clubs de jazz et scènes de cabaret, Las Vegas est devenue son port d’attache. Myron’s at The Smith Center occupe une place particulière dans son parcours. « C’est ma maison musicale, dit-il. J’y joue régulièrement et le lien est plus personnel. J’ai des habitués — on se sent en famille. »
Avec moins de 300 places, Myron’s offre une intimité rare. « Il n’y a pas de mauvaise place, le son est exceptionnel, l’éclairage parfait. Tout est conçu pour mettre l’artiste en valeur. » Pour le public, l’expérience est tout aussi chaleureuse. « À la fin de la soirée, on a souvent lié connaissance avec son voisin. »
Début décembre, Jonathan Courant s’est également produit avec le Las Vegas Philharmonic au Reynolds Hall, lançant la saison des fêtes avec un spectacle d’envergure réunissant plusieurs artistes. « C’était spectaculaire, un moment magnifique pour ouvrir les célébrations. »
Le va-et-vient entre ces deux univers — la grandeur symphonique et la proximité du cabaret — a profondément façonné sa manière de communiquer avec le public. « Les expériences de vie, sur scène comme en dehors, permettent d’explorer les chansons plus profondément. Avec le temps, on devient plus à l’aise, plus sincère. On apprend à dire la vérité. »
La collaboration est au cœur de son parcours, de Diane Schur à Joe Alterman, en passant par de nombreux musiciens et arrangeurs. La période des fêtes, souligne-t-il, possède une énergie particulière. « La musique de Noël attire des personnes qui ne vont pas forcément à des concerts le reste de l’année. Ces chansons font partie de leur vie. Elles créent un lien profond. »
Pour l’avenir proche, Jonathan Courant savoure une pause bienvenue. Après un mois de décembre intense, il reprendra la scène pour le Nouvel An à Long Beach, avant de se produire à San Diego, Cincinnati, dans le Missouri et en Floride. Son retour à Myron’s à Las Vegas est prévu pour le 17 mars.
Lorsque les spectateurs quittent l’une de ses performances de Noël et retrouvent la fraîcheur de la nuit hivernale, il espère qu’ils emportent avec eux une sensation essentielle. « Le sentiment d’être réunis. Qu’il y ait 300 ou 2 000 personnes dans la salle, issues de tous horizons, j’espère qu’elles ressentent cette connexion. Qu’elles repartent avec de la joie, de l’amour, et peut-être quelques souvenirs ravivés. »
Et peut-être, à l’image de la saison elle-même, quittent-ils la salle à la fois réchauffés et pensifs — réconfortés par ce que la musique, lorsqu’elle est sincère, peut encore offrir : un instant d’humanité partagée, enveloppé de mélodie, au moment précis où l’année s’achève en douceur.










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