L’Architecture de l’Émotion : Nelia Ross sur la musique, la mémoire et le sens
- Vincent Laroche
- il y a 5 jours
- 9 min de lecture
Votre biographie vous présente comme chanteuse, autrice-compositrice, compositrice, pianiste, animatrice TV, productrice et fondatrice de Biscroma Records LLC. Comment percevez-vous la manière dont ces multiples rôles artistiques nourrissent une voix ou une mission musicale unique ?
Nelia Ross : Chaque rôle que j’ai embrassé, que ce soit celui de chanteuse, de compositrice, de productrice ou de fondatrice, a approfondi ma compréhension de la musique comme un langage total. La scène me permet d’entrer en résonance émotionnelle avec le public en temps réel, tandis que la composition et l’écriture m’offrent l’espace pour façonner cette émotion de l’intérieur. Produire et diriger Biscroma Records m’a appris à préserver l’intégrité artistique tout en évoluant dans l’industrie avec clarté et intention.

Plutôt que de fragmenter ma voix, ces rôles l’ont affinée. Ils me permettent d’aborder la musique non pas seulement comme un son, mais comme une architecture, où chaque note, chaque mot, chaque décision participe à une structure émotionnelle plus vaste. Ma mission a toujours été de créer des œuvres qui résonnent profondément et qui durent, et chaque dimension de mon parcours y contribue.
Le 250e anniversaire des États-Unis offre aux artistes une occasion de réfléchir à l’identité nationale, à la mémoire et à la culture. Envisageriez-vous de participer à des événements ou commandes liés à « Promise of US » ? Si oui, comment traduiriez-vous l’histoire ou l’héritage américain en musique ?
Nelia Ross :Je considérerais avec grand intérêt une participation à des événements liés à « Promise of US ». De tels jalons nous invitent à nous arrêter et à réfléchir, non seulement à l’histoire, mais aussi aux fils émotionnels et culturels qui définissent une nation. En tant qu’interprète et compositrice, je suis particulièrement attirée par les moments où le personnel rencontre le collectif.
Si je devais traduire l’histoire américaine en musique, je m’attacherais à des thèmes tels que la résilience, la réinvention et la diversité des voix qui façonnent son identité. Cela pourrait passer par une relecture de mélodies traditionnelles américaines avec des arrangements contemporains, ou par la création d’œuvres originales honorant l’esprit de migration, d’innovation et d’espoir. J’aimerais également concevoir des programmes qui relient les genres et les générations, en réunissant influences classiques, jazz et populaires pour refléter la richesse de cet héritage musical.
Au fond, je crois que la musique a le pouvoir d’unir et d’élever. Participer à une commémoration nationale serait une occasion d’y contribuer avec sincérité et profondeur.
Votre style musical traverse l’opéra, la pop et la chanson. Comment conciliez-vous la tension entre tradition et innovation ?
Nelia Ross : Je ne vois pas la tradition et l’innovation comme des forces opposées, mais comme des outils complémentaires. La technique classique m’offre les fondations vocales, souffle, résonance, phrasé, qui me permettent de naviguer entre les genres avec assurance. C’est elle qui maintient la voix saine et expressive, que je chante un air d’opéra ou une ballade contemporaine.

Lorsque je travaille dans des styles pop ou hybrides, j’adapte cette technique à l’intention émotionnelle et à la texture sonore de la pièce. Cela peut impliquer de modifier le placement vocal, le vibrato ou la dynamique pour s’adapter à une atmosphère plus intime ou rythmée. Je collabore également étroitement avec arrangeurs et producteurs pour créer un son fidèle à l’œuvre.
Je me laisse guider par la musique. Si elle appelle la clarté et la puissance, je m’appuie sur mon ancrage lyrique. Si elle demande vulnérabilité et immédiateté, j’adopte une approche plus contemporaine. L’objectif reste toujours une communication sincère.
En définitive, l’équilibre entre tradition et innovation est une pratique vivante : la technique sécurise l’instrument, l’intention artistique oriente l’expression, et la production fait dialoguer les deux langages.
Dans vos projets passés, comment avez-vous intégré des références culturelles ou historiques, qu’elles soient issues de vos racines italiennes ou de vos collaborations musicales interculturelles ? Y a-t-il des récits historiques, américains, européens ou mondiaux, que vous vous sentez particulièrement appelée à raconter à travers la chanson ?
Nelia Ross : Les références culturelles et historiques ont toujours influencé mes choix musicaux, parfois de manière subtile, parfois plus directe. Mon héritage italien marque naturellement mon phrasé, mon sens de la mélodie et mon approche émotionnelle. Que j’interprète une chanson napolitaine ou que je puise dans la tradition lyrique, je porte en moi ce lien profond à la langue, à l’histoire et à la couleur vocale.
Dans mes collaborations interculturelles, je suis particulièrement attirée par des projets qui explorent des thèmes universels : l’amour, l’exil, la résilience, la transformation. Travailler avec des artistes issus de traditions différentes permet de trouver un terrain commun, et c’est dans ces moments que la musique devient un véritable pont entre les cultures et les histoires.

Je suis aussi très sensible aux récits de femmes dont la voix a été oubliée ou étouffée, dans les salons européens, les clubs de jazz américains ou les mouvements mondiaux. Les raconter en musique me semble à la fois nécessaire et intemporel. Les récits de migration m’inspirent également, car la musique y porte mémoire, identité et espoir.
De nombreux compositeurs et interprètes estiment que l’art contribue à façonner la mémoire collective. Selon vous, une performance musicale peut-elle constituer un acte d’histoire publique ? Si oui, comment concevriez-vous un spectacle afin d’inviter le public à réfléchir au passé ?
Nelia Ross : Absolument. La musique possède une capacité unique à transmettre une vérité émotionnelle, à éveiller la mémoire et à donner voix à des récits autrement invisibles. Un concert, lorsqu’il est conçu avec intention, peut devenir une archive vivante.
Pour encourager la réflexion, je construirais un programme alliant émotion et clarté historique : un répertoire issu d’époques ou de communautés spécifiques, accompagné d’introductions parlées contextualisant chaque pièce. J’intégrerais aussi des textes d’archives, lettres ou poèmes.
L’objectif serait de créer un espace où le public peut ressentir l’histoire. Ainsi, la performance devient non seulement un moment artistique, mais aussi un acte de mémoire.
En tant qu’artiste qui produit et diffuse sa musique via votre propre label, Biscroma Records, comment parvenez-vous à concilier viabilité commerciale et intégrité artistique, en particulier lorsque vous abordez des thèmes liés à l’histoire ou à l’identité nationale ?
Nelia Ross: Chez Biscroma Records, chaque projet est à la fois une proposition artistique et une stratégie. L’intégrité commence par une intention claire : ce que l’œuvre cherche à exprimer et à transmettre.
Face à des thèmes comme l’histoire ou l’identité nationale, je veille à ne pas simplifier le contenu, mais à le rendre accessible sans en perdre la profondeur. Cela peut passer par une stratégie de formats, un travail visuel, ou des partenariats institutionnels.

Pour moi, la viabilité commerciale ne consiste pas à suivre les tendances. Il s’agit de créer des voies de diffusion qui donnent à la musique un véritable sens et une portée durable. Cela inclut :
Stratégie de format : déterminer si une œuvre s’exprime au mieux sous forme de performance live, d’enregistrement en studio, de court-métrage ou d’un format hybride.
Cartographie des publics : identifier les auditeurs susceptibles d’entrer en résonance avec l’œuvre sur le plan émotionnel, culturel ou intellectuel, et concevoir une approche adaptée.
Alignement collaboratif : travailler avec des artistes, producteurs et lieux qui comprennent les enjeux du projet et partagent une exigence de profondeur et de résonance.
Déploiement par phases : créer une dynamique à travers des avant-premières, des passerelles pédagogiques et des sorties échelonnées permettant à l’œuvre de se déployer dans le temps.
L’intégrité artistique implique aussi de savoir dire non, lorsque certaines propositions ou plateformes ne servent pas l’essence du projet. Mais elle suppose également une capacité d’adaptation : traduire une idée complexe dans un format accessible, trouver l’équilibre entre richesse sonore et lisibilité, et préserver l’architecture émotionnelle de l’œuvre à travers différents contextes.
Au fond, je considère Biscroma comme un espace où se rencontrent héritage et stratégie. Chaque projet est conçu pour durer, non seulement comme un moment de performance, mais comme une contribution à la mémoire culturelle. Et chaque décision, de la première répétition au mixage final, est prise avec le souci constant de conjuguer profondeur artistique et résonance auprès du public.
Le « Promise of US » pourrait impliquer des collaborations interdisciplinaires (danse, arts visuels, multimédia). Si l’on vous demandait de créer une œuvre collaborative avec un artiste visuel ou de théâtre pour le Semiquincentenaire, quel type de collaboration imagineriez-vous et quels thèmes souhaiteriez-vous mettre en avant ?
Nelia Ross : Si j’étais invitée à créer une œuvre collaborative pour le Semiquincentenaire, j’imaginerais une performance qui fasse dialoguer la voix, l’image et le mouvement, où chaque discipline apporte son propre langage au service d’un arc émotionnel commun. Je travaillerais en étroite collaboration avec un artiste visuel ou de théâtre afin de concevoir un cycle de chansons mis en scène ou une suite vocale, intégrant des projections, des matériaux d’archives et une chorégraphie subtile pour enrichir le récit sans jamais écraser la musique.
Sur le plan thématique, je me concentrerais sur l’idée d’héritage, non seulement ce que nous recevons du passé, mais aussi ce que nous choisissons de transmettre. Cela pourrait inclure des récits de migration, de travail et de résilience, l’évolution des idéaux civiques, ou encore ces histoires intimes et silencieuses qui restent souvent inaperçues. J’aimerais que l’œuvre reflète la complexité de l’identité américaine tout en offrant au public des moments d’intimité et de reconnaissance.
Musicalement, je puiserais à la fois dans les langages classiques et contemporains, en façonnant la ligne vocale pour porter le poids émotionnel de chaque récit. L’objectif serait de créer une performance à la fois ancrée et ouverte, enracinée dans l’histoire tout en étant pleinement vivante dans le présent.

En somme, il s’agirait d’une suite vocale mise en scène ou d’une performance de format concert, mêlant chant en direct, narration visuelle et mouvement.
Je serais l’interprète principale, guidant l’arc émotionnel à travers des compositions originales, un répertoire soigneusement choisi et des interludes parlés. L’objectif : éclairer l’identité plurielle de l’Amérique à travers des témoignages personnels, des fragments historiques et une réflexion musicale.
Structure thématique
1- Prologue : La terre et la voix
Une pièce vocale solo accompagnée de projections de paysages et de textes fondateurs américains.
Introduction à la notion d’héritage : ce que nous portons, ce que nous choisissons de retenir
2- Portraits en chansons :
Une série de courtes œuvres vocales, chacune incarnant une voix différente :
La lettre d’une femme affranchie
Une berceuse d’immigrant
Un discours de suffragette
Un chant populaire d’ouvrier
Une réflexion contemporaine portée par un jeune artiste
Chaque pièce est introduite par quelques mots et accompagnée d’un motif visuel.
3-Interlude : Fractures et reconstruction
- Un passage instrumental ou parlé-chanté, accompagné de projections superposées évoquant des moments charnières de l’histoire : guerres, protestations, migrations.
- Les mouvements et la lumière évoluent pour traduire la rupture et la résilience.
4- Dialogue et confluence :
Une section collaborative avec des artistes invités, par exemple un duo avec un chanteur amérindien ou une pièce d’ensemble multilingue.
Mise en valeur de la pluralité et du partage des espaces.
5- Finale : La promesse à venir
Un hymne nouvellement composé ou une ballade introspective invitant le public à réfléchir à son propre rôle dans la construction de la mémoire.
Se conclut par un moment de silence ou une invitation à la réflexion.
Pourquoi ce projet pourrait-il s’inscrire dans le Semiquincentenaire ?
Il touche émotionnellement sans être didactique.
Il honore la diversité des histoires tout en affirmant une direction artistique forte.
Il est adaptable, de lieux intimistes à des scènes nationales.
Il ouvre au dialogue grâce à des échanges après spectacle, des supports pédagogiques et des prolongements numériques.
Enfin, au-delà des titres, des distinctions et des performances, comment souhaitez-vous que votre musique résonne dans les décennies à venir ? Quel type d’héritage espérez-vous laisser dans la mémoire culturelle, notamment à travers les frontières et les générations ?
Nelia Ross : J’espère que ma musique continuera de vivre dans ces espaces où l’émotion rencontre la mémoire, où une mélodie ravive un instant, où un texte suscite la réflexion, ou encore où une performance s’inscrit dans l’archive intime de quelqu’un. Je suis moins préoccupée par l’idée d’être associée à un genre ou à une réussite particulière que par la manière dont l’œuvre circule : comment elle est reprise, réinterprétée ou utilisée pour accompagner un moment significatif dans la vie de quelqu’un.
À travers les frontières et les générations, j’aimerais que mon héritage reflète à la fois l’adaptabilité et la profondeur. Cela signifie créer une musique qui puisse se traduire, linguistiquement, émotionnellement et culturellement, sans perdre son essence. Je souhaite que les artistes de demain sentent qu’ils peuvent s’appuyer sur ce que j’ai créé, non pas simplement pour le préserver, mais pour le prolonger. Et j’espère que les auditeurs, où qu’ils soient, ressentiront dans cette musique une invitation : à s’y engager, à y répondre et à la faire vivre à leur manière.
En définitive, je ne mesure pas mon travail à l’aune des applaudissements ou de la reconnaissance, mais à sa capacité à rester en mouvement, à travers le temps, les langues et les vies. Si une chanson que j’ai enregistrée est encore chantée dans plusieurs décennies, ou si une performance suscite une conversation dans un lieu où je ne suis jamais allée, alors la musique est toujours vivante. C’est cet héritage que j’espère : non pas la permanence, mais la continuité.

Mon interprétation de « Running » de S. Brightman lors du Mark O’Toole Show au Sun City Anthem Freedom Hall
Interprétation de « Shallow » (de L. Gaga) dans le cadre de ma production « Cinema In Concert »
Mon interprétation de « My Way » (F. Sinatra) avec le Barry Manilow Band et J. Melotti en tant que directeur musical, lors de mon émission télévisée « A Vegas Beginning starring Nelia Ross », diffusée sur NBC TV3
Moi, voix et piano, interprétant « Hello » (L. Richie)
Le clip officiel de ma chanson originale « True Light »
Extrait de mon interprétation du rôle de Christine dans « Le Fantôme de l’Opéra » lors de ma tournée européenne de ma production « True Light Show »
Autre clip officiel d’une de mes chansons originales « I’m Flying »
Mon interprétation de « Summertime » avec le Ned Mills Orchestra lors de la célébration de l’anniversaire de Liberace à l’Alexis Park













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